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Visite de MONTMARTRE avec Philippe

par Dan SAUBION 18 Septembre 2013, 14:44 Bouts de Monde

Une fois encore, allons jouer les touristes à PARIS …. Ou plutôt aujourd’hui, dans la commune libre de Montmartre !

Ah ! MONTMARTRE, tellement chanté, peint, filmé ! Ce quartier de PARIS, qui n’est plus tout à fait PARIS … et qui, quoi qu’il en soit, ne l’est pas depuis bien longtemps puisque la butte n’a été annexée à la capitale qu’en 1860 !

Nous allons suivre et écouter Philippe, « conteur enchanteur », reconnaissable à son chapeau haut de forme et son costume très élégant !

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Nous avons rendez-vous à la station Abbesses, une de ces belles bouches de métro du début du XXème siècle dessinées par Hector GUIMARD et affublées, nous l’avons appris il y a peu, du qualificatif de « style nouille » !

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Premier point d’importance soulevé, d’où vient ce nom de Montmartre …. Le mont, vu la topographie … on voit un peu ! Mais le martre ? Deux explications sont proposées : il ferait référence à Mercure ou à Mars, des vestiges de temples romains élevés en l’honneur de ces dieux auraient été retrouvés Place du Tertre ; deuxième hypothèse, l’allusion serait faite au martyr de Saint Denis, en 272. Denis prêche sur la colline, les romains le condamnent à être décapité à cet endroit même ; mais le supplicié n’en faisant qu’à sa tête la ramasse et part avec … au nez et à la barbe de nos centurions qui doivent eux aussi faire une drôle de … bobine !! Pour info, Denis, pas encore saint mais déjà évêque (le premier de Paris), va marcher jusqu’à SAINT DENIS avant d’y rendre son âme à son Seigneur !!! C’est donc là qu’on construira sa basilique …

Mais je m’égare ! Dans les deux cas, l’origine est religieuse, rien de bien surprenant donc, à ce que, des siècles plus tard une abbaye voit le jour sur les ruines d’un petit prieuré. L’abbaye et ses abbesses y resteront jusqu’à la Révolution. Elles détiennent de nombreux privilèges, haute et basse justice, avantages fiscaux … l’abbaye est un petit monde prospère qui s’étend du sommet au bas de la butte … et bien au-delà … puisqu’on peut situer les limites aux environs de l’actuel Opéra. Et il ne faut pas perdre de vue qu’à l’époque Paris ne vient pas jusque là ! Nous sommes à la campagne.

La Révolution fait table rase de l’abbaye, seule l’église va subsister. Les terrains sont mis en vente.

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Un siècle plus tard, les travaux haussmanniens vont secouer la population parisienne, on expulse à tout va et les petites gens se voient, déjà, obligées de s’éloigner du centre de Paris pour pouvoir se loger à bas prix … elles viennent s’établir ici avant d’être repoussées encore un peu plus loin au XXème siècle ; les petites maisonnettes vont être remplacées par les immeubles bourgeois que nous voyons aujourd’hui. Les vraies maisons montmartroises sont donc les petites constructions basses du quartier aux toits de tuiles.

En 1921, toujours frondeurs, les montmartrois vont fonder la Commune Libre de Montmartre, la doter d’un statut et d’un gouvernement qui perdurent encore aujourd’hui ; à l’origine une élection qui voit la victoire des « antigrattecielistes » , une liste menée par des artistes dont Picasso, Cocteau, ou le dessinateur Poulbot dont le nom est définitivement associé à la Butte.

Maintenant place à la visite du quartier, nous partons par le Passage des Abbesses, et nous retrouvons au coin des rues des Trois Frères et Androuet, devant une façade familière, une épicerie, Maison Collignon, c’est le décor du film « Amélie Poulain » … l’endroit a retrouvé son calme après une célébrité inattendue ; désormais, seuls des affiches et des DVD rappellent encore ce succès.

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On monte jusqu’à la rue d’Orchampt, une jolie petite rue calme, refuge de célébrités : au    n°6 vivait la demoiselle Pinsonnette, modèle de Modigliani ; Stéphane Grappelli, Céline ou Laurent Ruquier ont habité dans cette rue. Une petite construction en briques rouges de l’autre côté de la rue, c’était le Pavillon de la Suède durant l’Exposition Universelle de 1889, ce fut aussi la maison de Georges Courteline. Au bout de la rue une propriété avec un toit rouge, c’était la maison de Dalida.

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Nous voici maintenant rue Lepic et le restaurant du Moulin de la Galette et derrière le vrai moulin qui lui a donné son nom !

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Il ne date pas d’hier ! Avant la Révolution, il y avait jusqu’à 40 moulins sur la butte, loués par les minotiers aux abbesses. En 1787, la famille Debray est de ceux-là, elle a aussi une taverne au pied du moulin, on y vend du vin, et avec sa farine Debray cuit une petite galette qui aide sa piquette à passer … à la Révolution les biens du clergé sont mis en vente, Debray achète le moulin, développe son auberge y installe un bal, on viendra déguster les petits gâteaux dans le Moulin de la Galette ! … ici nous sommes encore hors de Paris, et les débits de boissons ne sont pas soumis aux taxes et la campagne attire le petit peuple et bientôt les artistes, qui, comme Renoir, immortaliseront ces jolies scènes champêtres.

Le bal du Moulin de la Galette ne fermera ses portes qu’en 1955, maintenu par la fréquentation assidue d’une population ouvrière qui venait s’y distraire sans façon, loin des conventions guindées de la bourgeoisie.

C’est ici que vont naitre des gloires telles que La Goulue, qui mangeait à tous les râteliers après ses tours de danse, ou Valentin le Désossé. Le Cabaret du Moulin Rouge embauchera les deux danseurs de ce bal populaire.

Dans les années 1970, les bâtiments sont rasés pour y construire des appartements, mais la façade rappelle l’emplacement de l’ancien établissement. Mais les célébrités n’ont pas toutes déserté l’endroit, Claude Lelouch habite ici et flâne régulièrement dans le quartier.

Les autres moulins sont démolis, déplacés, transformés.

Avenue Junot, nous sommes rattrapés par la campagne, un décor provincial avec ces maisons en pierre mangées par le lierre, ces escaliers envahis par la végétation …. Mais le maquis n’est pas si loin … jusqu’en 1910 l’endroit tenait davantage du bidonville !

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Et nous voici dans le charmant Square Suzanne Buisson, un petit jardin familial, et une fontaine dédiée à Saint Denis, alimentée par une source tarie … mais l’illusion est conservée car il se dit que « la jeune fille qui boit l’eau de Saint Denis restera fidèle à son mari » !!! alors une telle promesse mérite bien un petit subterfuge … et l’eau coule donc toujours aux pieds du saint !

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A l’angle de la rue Girardon, une pause s’impose … devant le buste de la chanteuse Dalida … la poitrine lustrée par la vénération de ses fans … la petite rue serpente vers les hauteurs de la butte, autrefois il n’y avait que des moulins remplacés par des immeubles et des bals populaires.

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Et maintenant voici les icones de Montmartre, la rue Saint Vincent et ses chansons, les escaliers qui restent durs aux miséreux (et aux autres !) et le Cabaret du Lapin Agile … ou plutôt du Lapin à Gill (du nom du peintre qui a signé la fresque du lapin de la façade !).

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Le cabaret est le siège d’une anecdote aussi fumeuse que fameuse : au début du XXème siècle, il est fréquenté par des artistes tels qu’Aristide Bruant, Toulouse-Lautrec ou Courteline, et aussi par le Père Frédé, un anarchiste qui tient bien la bouteille et le crachoir ! Il a un compagnon inséparable, un âne très prisé par la clientèle et qui prise à qui mieux mieux !

Modigliani et Picasso, encore inconnus (méconnus) viennent eux aussi dans ce cabaret où les soirées se terminent parfois en bagarre. Un petit monde marginal égratigné par une critique bien pensante, mais « la bande à Picasso » va prendre sa revanche en présentant un tableau qui va être encensé, admiré ; et la supercherie révélée, c’est l’âne Lolo qui a peint le tableau, un pinceau attaché à la queue, à peine aidé par les artistes ; sous l’œil d’un huissier. Nous sommes en 1910, les critiques sont tournés en ridicule ; un siècle plus tard la cote de la toile atteint les 200 000€ ! …. « Et le soleil s’endormit sur l’Adriatique ».

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Il n’y a pas qu’au cabaret que le sang bouillonne et que l’on a des idées pour tourner les autorités en ridicule ! en 1929, un projet de construction d’un immeuble de huit étages va s’attirer les foudres et soulever les masses. Pas question de sacrifier le petit lopin de terre pour cette bâtisse, alors sur ce terrain vague on installe à la va-vite un Square de la Liberté, mis à mal par les gamins du quartier, du coup quelques pieds de vignes sont plantés et offerts au Maire de Paris. Ainsi renait une culture ancestrale de la butte, rendant le maire de la capitale vigneron malgré lui !

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Le vignoble produit maintenant une moyenne de 800 bouteilles par an, les bénéfices des ventes sont reversés à des œuvres du quartier ; et les vendanges faites en présence du Maire et du gouvernement montmartrois !

Un peu plus loin, une forêt, une vraie ou plutôt un « jardin sauvage », un espace de 1490 m² qui, faute d’entretien pendant de longues années, est retourné à la nature. Un projet veut maintenant l’agrandir et le sauvegarder des espèces animales et végétales inattendues s’étant développées ici.

Et nous arrivons au Sacré Cœur. En 1870, l’armée prussienne arrive à Paris, la capitale se vide mais Montmartre teint tête, le siège commence. L’hiver est terrible, la famine sévit ; le conflit se déplace et ce sont les parisiens qui vont s’entredéchirer. A la fin de la guerre il faut faire amende honorable auprès de la Sainte Trinité pour ces débordements, et expier la défaite infligée par la volonté divine suite à tous ces excès sanguinaires. Et, alors que la France est un pays laïc depuis qu’en 1905 la séparation des Eglises et de l’Etat ait été votée, c’est une loi qui va décider de la construction de cet édifice religieux dédié au Sacré Cœur de Jésus !

La construction va durer … 44 ans ! de 1875 à 1923 !

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Juste en face, le carmel de Montmartre, lieu de prière où chaque jour, jour et nuit, on y prie pour le pardon du Christ … les visiteurs étant les bienvenus pour s’associer aux prières ! Nous le contournons pour aller jusqu’à la Place du Tertre, la fameuse Place du Tertre ! Et bien aujourd’hui, alors que l’été bat encore son plein et que les touristes ont envahi Paris, nous n’en verrons qu’une foule grouillante et une immense terrasse de bistrots, nous faisant rappeler à l’ordre par les artistes que notre groupe dérangent !!

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Forcément, nous avons fait une pause devant un bistrot, celui de la « Mère Catherine », fondé en 1789 !! Une plaque sur la façade explique que c’est ici qu’en 1814 les soldats cosaques venaient se rincer le gosier en cachette de leurs officiers, pressés d’être servis pour ne pas se faire surprendre, ils accompagnaient la commande d’un « bistro », qui signifierait « vite » en russe ! Ils sont partis, le mot est resté !

Et nous voici rue Lepic, devant la maison de Jean Baptiste Clément, l’auteur du « Temps des Cerises », chant de ralliement des communards, mais à l’origine une chanson d’amour composée par Antoine Renard, une chanson de quat’sous, un refrain de cabaret qui va devenir un hymne … belle destinée !

Dernière étape, une petite place rue Ravignan, il parait qu’autrefois un marchand de pianos se trouvait là … en haut de la colline, pas facile d’acheminer le matériel … et de déplacer la marchandise ! Alors le commerçant, mis sur la touche, décide de louer ses locaux. Oh, il y a de la surface, bien sûr, mais pas beaucoup de confort, du coup il ne va pas être trop regardant sur le loyer, et lever le pied sur la note, attirant ainsi des artistes bohêmes sans le sou, des obscurs comme Utrillo, Picasso ou Paul Fort et Apollinaire.

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On nous dit que ce petit monde lavait son linge en famille … et le faisait sécher sur le pas de porte ; Max Jacob aurait alors comparé la maison à un « bateau lavoir », le sobriquet est resté pour cette masure qui a vu Picasso peindre ses « Demoiselles d’Avignon ».

la Première Guerre Mondiale va déplacer ces artistes qui vont s’expatrier et faire de New York la nouvelle plateforme artistique mondiale. A la fin du conflit le Bateau Lavoir rouvre ses portes mais le gratin n’y reviendra pas. En 1970, la fermeture est définitive, ravagé par un incendie, le bâtiment est racheté par la Mairie de Paris et le site classé pour y installer de nouveaux ateliers accessibles aux jeunes artistes, une pépinière dans la veine de la Villa Médicis.

Et voilà, fin d’une très agréable promenade, passionnante et rythmée, conduite, le pied alerte et la langue bien pendue, par Philippe, parfait conteur d’Histoire. (www.http://guide-visites-paris.fr)

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Nous ne pouvons quitter Montmartre sans y faire un dernier petit tour.

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Un arrêt, Place des Abbesses, dans le square Jehan-Rictus (poète montmartrois), il faut aller jeter un coup d’œil sur le « Mur des je t’aime » … écrit plus de 300 fois en langues, dialectes et écritures différents. Une œuvre installée ici en 2000 … une merveilleuse idée toute bête !

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Juste de l’autre côté de la place l’église Saint Jean de Montmartre. Construite à la toute fin du XIXème siècle, consacrée au début du XXème, elle est la charnière dans l’architecture sacrée parisienne, en effet elle est la première église en béton armé ; une révolution !

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La façade, aux formes géométriques, est recouverte de briques et de mosaïques, décor et matériaux que l’on retrouve à l’intérieur. Sur le fronton, les statues de Pierre Roche sont très belles mais je suis littéralement tombée sous le charme de celles de Arthur-Joseph Guériot, des œuvres magnifiques et émouvantes. … On ne sort pas sans avoir levé les yeux vers les vitraux, eux aussi superbes.

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Et voilà, dernier tour de piste avant de quitter ce petit hameau de la Capitale ; une très jolie visite, loin des sentiers battus, sur les pavés et sous les glycines.

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